Le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale et député-maire de Nantes a accepté de livrer son appréciation sur la réforme des retraites présentée, mercredi 16 juin, par Eric Woerth.
Que pensez-vous de cet avant-projet de loi?
Ce n’est pas une réforme pour les Français et en particulier pour les milieux populaires. Parce qu’elle est brutale, c’est une réforme pour les marchés financiers. C’est un choix politique du gouvernement d’avoir finalement pris les mesures les plus injustes. La suppression de l’âge légal de départ en retraite à 60 ans, porté progressivement à 62 ans, va pénaliser surtout les ouvriers. C’est eux qui, au fond, vont payer la facture. C’est donc un projet anti-populaire.
Le financement de cette réforme est-il satisfaisant?
L’effort pour financer les retraites n’est pas équitablement reparti. C’est extrêmement frappant. La taxation sur les hauts revenus et sur les revenus du capital ne représentent même pas 10% du financement. 90% de l’effort va donc revenir aux salariés. Tout cela a des conséquences: les femmes qui ont des carrières hachées, qui ont des enfants, qui n’ont pas tous leurs trimestres, seront obligées de travailler jusqu’à 67 ans. Quant aux jeunes, ils sont sacrifiés. Car, contrairement a ce que dit le gouvernement, son projet n’est pas financé au-delà de 2018. Une partie est financée par la dette, la contribution nette de l’Etat, qui est de l’ordre de 15 milliards. Pour les générations futures, le problème est donc reporté.
Et, lorsque l’on parle de l’après-2018 à Eric Woerth, il nous répond qu’à cette date, un autre gouvernement sera aux commandes. Car 2018 n’est pas une date innocente. Si Nicolas Sarkozy est réélu en 2012, le rendez vous pour l’avenir des retraites interviendra après son éventuel mandat. Tout est calculé politiquement par le gouvernement.
Vous avez dit craindre une procédure d’urgence. Pensez-vous qu’il n’y a pas assez eu de concertation et allez-vous chercher un compromis avec le gouvernement?
Le PS va se battre contre ce texte. Si le ministre dit qu’il va recevoir les syndicats, qu’il appelle à la concertation, sur les points essentiels il a clairement dit qu’il n’allait pas bouger.
On est obligé de constater que le gouvernement a avancé en catimini pour aboutir à sa présentation hier (mercredi) dans une conférence de presse en plein mondial. Tout cela est calculé en terme d’agenda, c’est une évidence. La délibération du Conseil des ministres se tiendra le 13 juillet, la veille du 14 juillet donc d’un grand week-end. Ensuite, les commissions parlementaires, et surtout celle des affaires sociales, vont examiner le projet de loi du gouvernement pendant les vacances d’été. Et enfin le texte va arriver à l’Assemblée au moment de la rentrée scolaire. Je demande donc que les débats en commission soient publics, que les Français puissent suivre les travaux et juger des solutions. C’est important qu’il y ait une publicité des débats car c’est une question qui tracasse beaucoup les gens. Il faut que les Français comprennent qu’il n’y a pas qu’une seule solution comme veut le montrer la tactique du gouvernement en créant un climat de fatalisme, de résignation. Il y a une alternative.
Que pensez-vous du dispositif de pénibilité?
La pénibilité n’est pas traitée dans ce projet gouvernemental. Ce qui est traité, c’est l’invalidité. C’est du cas par cas. Si quelqu’un a un gros problème de santé au travail, il va passer devant une commission médicale qui va alors choisir si cette personne peut partir en retraite. Ce n’est donc pas une prise en compte préventive de la pénibilité.
Le gouvernement juge le relèvement du taux de cotisation dans la fonction publique «indolore». Qu’en pensez-vous?
La question n’est pas le taux de cotisation mais c’est le niveau de salaire des fonctionnaires. Pendant que le taux de cotisation est relevé, le gouvernement refuse les négociations salariales dans la fonction publique. Il y a un blocage des salaires, en particulier pour les catégories C et B qui ont des petits revenus.
Face à l’évolution de la démographie, l’augmentation de la durée du temps de cotisation n’est-elle pas inéluctable?
Il y a là un double langage de la part du gouvernement. Le problème des retraites est-il du à la crise ou à l’évolution de la démographie? Je ne nie pas le problème démographique. Les Français vivent plus longtemps donc ils vont bénéficier de leurs pensions plus longtemps et le besoin de financement est alors beaucoup plus élevé. Cela, personne ne peut le nier. Mais ce n’est pas le seul problème. La question essentielle est de se demander quelle politique de l’emploi et quelle politique de croissance faut-il mener?
Le PS veut revenir sur la décision de porter à 62 ans l’âge légal de départ. Cela ne va-t-il pas obliger à prendre ensuite des mesures plus radicales?
La différence c’est que nous faisons appel à des financements équilibrés. Le PS comprend qu’il doit y avoir un effort fait par les salariés. On ne refuse pas l’augmentation du nombre de trimestres. Mais il faut aussi un effort sur le prélèvement des stock-options et de façon beaucoup plus forte que ce que propose actuellement le gouvernement. Nous proposons un équilibre de contribution entre la part des salariés et la part des revenus du capital et du patrimoine.
Propos receuillis par Baptiste Crochet
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